AGL ET LE GRAFFITI

Nous soutenons que la plupart des graffeurs utilisent leur art comme un véhicule de leurs idées, de leurs sentiments et de leurs opinions politiques et que, par conséquent, leur art est une forme de commentaire social et politique qui mérite la protection accordée à la parole en général. Nous nous concentrons donc sur la nécessité de placer l’art urbain dans le contexte plus large de la liberté d’expression et nous œuvrons à rappeler aux tribunaux nationaux et régionaux les obligations internationales qu’ils sont tenus de respecter, obligations qui découlent de leur allégeance aux valeurs démocratiques et au respect de la liberté d’expression.

Nous nous battons également pour que les graffitis illégaux soient reconnus comme des actes créatifs et nous soutenons que l’illégalité n’est pas une raison pour refuser la protection des droits d’auteur aux graffeurs. Il n’appartient pas à un juge d’évaluer la valeur artistique d’un graffiti ou la forme d’expression choisie par l’auteur.

En l’absence d’un contexte explicatif, les graffitis peuvent facilement être rejetés comme une provocation insensée. Mais le graffiti est avant tout une forme d’expression fortement dépendante de son contexte. Le lieu où il est réalisé et le support sur lequel il est réalisé ont la même importance que la peinture elle-même. C’est pourquoi nous insistons sur la nécessité d’une évaluation correcte de la nature contextuelle des graffitis, ainsi que de leur caractère éphémère et rebelle.

Graffitis sur les vestiges du mur de Berlin à Séoul

Nous représentons actuellement l’artiste coréen Taeyong Jeong alias HIDEYES. HIDEYES est jugé par un jury pour avoir peint à la bombe des symboles de paix et de réconciliation sur une section du mur de Berlin installée sur la place de Séoul. L’accusation réside dans la destruction de biens publics et la peine proposée est la prison. Nous nous battons pour que cette affaire soit considérée comme un exemple de la manière injuste dont sont traités les artistes urbains dans le monde entier. Et nous soutenons pour la première fois devant un tribunal que les graffitis ont un caractère expressif contribuant à l’échange d’idées et d’opinions, ce qui est essentiel pour une société démocratique. Par conséquent, les graffitis devraient bénéficier du même niveau de protection que l’expression verbale. Dans ce cadre, la condamnation pénale ou l’emprisonnement de M. Jeong constituerait une sanction injustifiée et disproportionnée d’une part ; est incompatible avec le droit international des droits de l’Homme d’autre part. En outre, la peinture du mur de Berlin ne peut et ne doit pas être considérée comme un acte isolé de vandalisme. Dépouiller complètement le graffiti de toute signification et de tout contexte revient à ignorer le geste artistique dans son ensemble, ainsi que sa signification et son symbolisme.